Wilhelm Gengenbach, Face au fascisme allemand (1929-1933). Une vie contre le capitalisme 1re partie, trad. de l'allemand par Jacqueline Bois, La Bussière, Acratie, 2006, 537 p.
Le récit de cet allemand, Wilhelm Gengenbach,alors qu'encore jeune en 1929 (né en 1914), retrace pas à pas de quelle façon le fascisme a pu se développer et le nazisme prendre le pouvoir en Allemagne en 1933 mais aussi et comment l'acuité d'un trop petit nombre d'individus éclairés n'a pas pu lui faire obstacle.
Entre autre, son témoignage du camp de concentration de Börgermoor, où un grand nombre de communistes se retrouvent, dès 1933, enfermés, est d'un très grand intérêt.
L'engagement de W. Gengenbach reste celui d'une personne qui soutient le marxisme comme idéal mais refuse toute forme bureaucratique ou toute adhésion aveugle à une ligne imposée hiérarchiquement.
Ce texte profond, clair, beau (sublime, devrais-je dire) et sa puissance tiennent bien entendu à ce qui y est relaté mais aussi à la façon de le rapporter, comme le dit le narrateur avec une "objectivité", soutenu par une réflexion d'une honnêteté rare.
Cet amour de l'homme que porte ce livre, un amour de l'humain poussé à un degré tel que cet esprit reste en éveil permanent, traquant les violences et les injustices faites à l'homme et aussi souvent à son intelligence. Cet ouvrage est un bienfait dans le contexte actuel où je sens dans l'ambiance (du monde) un rejet (plus ou moins conscient parmi un nombre grandissant d'individus) de ce combat nécessairement ininterrompu pour la défense de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.
Un deuxième volume aussi remarquable porte sur les années 1933-1934, où Wilhelm Gengenbach est contraint de quitter l'Allemagne et arrive à Paris où d'autres déconvenues et une autre forme de combat s'imposent à lui: notamment celui d'informer du danger fasciste quand la politique nazi est montrée très pacifiée dans les média de l'époque - même l'Humanité ne semble pas en relayer le caractère tentaculaire et de la violence sans limite. En outre, en1934, peu nombreux parmi les dirigeants occidentaux envisagent le fascisme comme un péril les concernant. Wilhelm aussi se voit en exil obligé de combattre certaines injustices qu'il rencontre même au sein de l'appareil. En Allemagne déjà, en tant que membre du PC, il contestait certaines lignes du parti; en France, il continue à être vigilant et à s'opposer au verrouillage de la ligne du Parti par les membres dits "dirigeants".
Wilhelm est proche d'une préoccupation présente dans l'œuvre de Claude Lefort qui est de ne pas participer à une organisation bureaucratique. Le dissensus est nécessaire et même critère de santé au sein de la démocratie.
Le Paris que décrit Wilhelm est celui des ouvriers engagés ou des clandestins, des exilés pour causes politiques ou éthiques,la vie du peuple avant les congés payés, la vie des personnes du peuple appliquant la solidarité comme le partage du peu qu'on a, mettant le débat et la discussion des idées et des opinions au cœur des rencontres. Décidemment, ces livres font un bien immense.