Jacqueline Rousseau-Dujardin, Aimer, mais comment ?, Paris, Odile Jacob, 2014, 172 p.Jacqueline Rousseau-Dujardin recourt dans son livre, Aimer, mais comment ?, à des auteurs et à leurs personnages pour analyser leurs façons d'aimer et d'en parler ou de vivre selon ou avec ces façons (parfois d’ailleurs en ne vivant pas l’amour éprouvé), et, en même temps, elle met en scène ce qui peut se jouer « en analyse » dans l'échange entre un patient et son psychanalyste.
Par son écriture ciselée, précise, dynamique, l’auteur donne de très belles lectures de la profondeur et de la singularité de chaque "problématique" et, par là, aussi dessine les possibilités ou les impossibilités de leur dénouement. La singularité dans ce cadre n’est pas banale puisqu'elle touche dans chaque cas à l'être de ce qu'est aimer.
J'aime aussi la pudeur de la démarche de cette psychanalyste : choisir ces auteurs - Marcel Proust, Henri James, Germaine de Staël et Benjamin Constant, Madame Guyon et Fénelon, Balzac et Madame Hanska, Virginia Woolf, leurs écrits et les fictions qu’ils élaborent-, plutôt que des cas d'analysants, comme autant de cas donnant accès à des compréhensions si diverses de l'amour comme quête, comme actualisation, comme interrogation, comme difficulté, comme expression de vie.
En outre, ce texte, si admirable par ses nuances et sa délicatesse, articule de manière libre mais pourtant nécessaire le statut d'analysant et celui d'écrivant. Et c'est dans cette proximité que, peut-être, s'imposent certains textes de certains auteurs pour cette enquête menée à partir des marques de l'écrivain dans son écriture. Pourtant, jamais l'auteur ne nous fait tomber dans un psychologisme hâtif et réducteur.
Chacun ou chacune des vies de ces auteurs ou personnages m'ont touchées . La composition du livre aussi est remarquable ; rien ne m'a semblé superflus dans cette recherche et dans son énonciation et peut-être arriverez-vous comme moi à savourer la passion qui soutend ou porte cette aimante réflexion.
Rappelez -vous le plaisir que vous avez pris à lire le commentaire que Freud avait produit de La Gradiva de Jensen ; Jacqueline Rousseau-Dujardin aussi nous emporte dans sa lecture, et nous donne envie de lire ou de relire les textes qu'elle invoque.